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25Fév/108

Jeux de rôles et intrigues politiques

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Tel que je le conçois, Skhizein est un jeu poussant aux intrigues politiques. Bon, je vous vois venir, vous allez de suite me dire que cette expression veut tout dire et rien dire à la fois. En fait, cette qualification de "politique" a souvent par le passé été apposée à des jeux sans trop réfléchir pour marquer une différence avec les jeux "d'action" (D&D en tête). Un peu à la manière des termes "jeu d'ambiance".

Mais au fond, qu'entend-t-on par "jeu de rôle politique" exactement ? Lorsque l'on discute entre rôlistes, un exemple revient très vite sur le tapis : Vampire et les jeux du Monde des Ténèbres. Oui, ceux-là même qui nous resservaient le concept de roleplay et d'art du conte à toutes les sauces tout en donnant les caractéristiques détaillées de plusieurs modèles de chars d'assaut, d'hélicoptères de combat dans le même bouquin.

D'après ma (trop) longue expérience de Vampire et de ses déclinaisons (MascaradeRequiem et Dark Ages), les intrigues dites "politiques" se rapprochaient quand même plus d'une course à la manipulation des joueurs que d'une intrigue à la Trône de fer : les campagnes (pardon, les chroniques) se résumaient vite à une sorte d'affrontement perpétuel et direct entre les gros bills anciens (aka les PNJs aka le meneur) et les gros bills en devenir (aka les jeunes vampires aka principalement les PJs). Autant dire que la dimension politique consistait bien souvent pour le meneur à jouer clairement contre ses joueurs et à passer son temps à essayer de les écraser au nom des intrigues millénaires tissées par des PNJs intouchables et surpuissants. J'exagère peut être un tantinet mais c'est un défaut que j'ai fréquemment retrouvé en jeu et en filigrane dans les bouquins eux mêmes.

Par conséquent, j'ai de plus en plus de mal avec la qualification "politique" accolée à ce jeu et au reste du WoD... Pour moi dans un jeu politique non seulement il y a des jeux d'alliance et des trahisons mais surtout les joueurs sont censés être au coeur de l'histoire et donc au coeur du jeu politique. Ils doivent donc pouvoir comprendre les enjeux et influer directement sur les évènements : chacun de leur choix doit être lourd de conséquences.

Pour moi, un jeu politique doit donc permettre d'incarner des personnages proches du niveau d'influence des grands qui tirent les ficelles, pour que les joueurs aient une chance de s'essayer au tirage de ficelles en question. Et donc par voie de conséquence un tel jeu doit proposer d'incarner des nobles, des maîtres chanteurs, des rois ou des conseillers de l'ombre. Hors de question d'interpréter des anonymes propulsés dans des affaires qui les dépassent (ce qui est plus le propos du cyberpunk quand on y réfléchit).

A mon sens, Vampire et les jeux du Monde des Ténèbres ne sont donc pas réellement des jeux politiques au sens ou l'entendent des jeux comme NoblilisAmbreAgone, le Trône de Fer,Reign ou Pendragon.

Pour en revenir à Skhizein, la campagne qui sera proposée avec le jeu appliquera cette conception de la politique rôlistique : les joueurs incarneront des individus avec un passé ancré dans l'histoire récente des Terres Ephémères et qui seront vite amenés à prendre des décisions lourdes de conséquence pour leur clan et pour le futur de l'île toute entière.

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    Posted by Selpoivre

    Commentaires (8) Trackbacks (0)
    1. C’est marrant, en lisant ta description du jdr politique, c’est exactement l’idée que je me faisais des jeux WOD. Mais tu sembles dire que ce n’est pas ce que l’on retrouve dans les jeux de cette gamme.
      Par contre est-ce qu’on peut vraiment concevoir que les scénarios/campagnes tournent toujours de ce thème ? Ne risques-tu pas de brimer tes joueurs ?

    2. En fait j’ai l’impression que ce problème est surtout propre à Vampire : a priori quand on survole le pitch et le jeu, il parait être politique. Le seul souci c’est qu’il ne l’est pas réellement : si on suit les règles de création standard et les suppléments de background (les fameux guides de ville « by night »), on se rends compte que les PJs n’ont quasiment aucune chance d’avoir la moindre influence. Ils sont condamnés à rester les pions des PNJs millénaires (qui ont toujours une bonne dizaine de coups d’avance) et donc à rester éternellement dans un rôle de victime. D’où effectivement un gros risque que le meneur finisse tôt ou tard par jouer « contre » le reste de la table (et non « avec ») et un sentiment de « brimade » des joueurs.
      D’après moi, les PNJs doivent pouvoir s’effacer dans un véritable jeu politique, puisque les joueurs auront assez vite l’opportunité d’agir au même niveau (ou presque) que les grands de ce monde.

    3. J’ai fait du semi-GN Camarilla et au bout de 2 ans, une lassitude énorme c’était installé. On reprochait notamment aux conteurs leurs supra-pnjs. On les a pas mal critiqué, sans se rendre compte en fait que le jeu lui-même induisait ce problème.

    4. A la lecture du sujet, on dirait qu’il y a peu de place pour l’idéal démocratique dans le jeu de rôle. Et pourtant, il suffit parfois simplement de réduire l’échelle pour que les grands ne soient pas si écrasants.
      Un chef de village de 600 âmes  doit un minima obéir pour gouverner, ce qui laisse le jeu libre à des intrigues pour les joueurs, aussi petit soit il.

    5. En fait, ca dépends de ce que tu entends par « idéal démocratique » :
      -> Si c’est une démocratie « moderne » cad fonctionnant au suffrage universel direct, cela revient à donner aux « petits » une influence individuelle proche de zéro, puisqu’ils vont devoir s’organiser et rassembler des gens autour d’eux pour pouvoir peser. Et ce faisant, ils vont devenir des « grands » et discuter d’égal à égal avec les chefs. S’ils sont isolés, cela revient à leur donner une « marge d’intrigue » tellement limitée qu’elle en devient inexistante.
      -> Si c’est une démocratie à la Romaine/à la Greque, alors le problème est encore plus tranché : si les PJs jouent des Sénateurs, ils peuvent prendre un rôle politique puisqu’ils font partie de la minorité au pouvoir. Si les PJs jouent des gens du peuple, le problème est réglé : ils n’auront jamais d’influence au niveau de la gestion de la Cité.

    6. C’est pour cela que je parle d' »idéal » et non de démocratie en tant que constitution politique.
      Y a eu des moments, suivant le degrès d’optimisme ou naïveté  avec lequel on regarde, comme le début de la révolution russe, la Commune ou la CNT et le POUM en  guerre d’espagne.
      Pour des  exemples aujourd’hui, une assemblée générale dans une fac compte l’uni, l’unef et les gauchistes comme faction constituée. Là, des PJs pourraient concurrancer les élites, s’allier, etc. La même chose a lieu dans des entreprises quand les salariés  s’organisent en dehors d’une intersyndicale.
      Même si l’intéret de jouer des assemblés de fac ou l’usine, je le vois mal, on se rend compte que lorsque l’assemblé compte 3.000 personnes, il y a de la place pour le jeu politique de tous le monde.
      Sinon le Dkex 6 ou 8 permet de rendre théoriquement possible l’accès du politique aux personnages de faible niveau.

    7. Au delà de l’intérêt, effectivement limité (amha), de jouer à Unef-RPG, il y a un gros problème pratique à ce que tu décris : un tel pitch de campagne/jeu suppose de faire peser sur le meneur la gestion d’une cohorte de PNJs tous différents et ayant tous des buts et idéaux variés. Autant dire que c’est très complexe voir impossible à mettre en pratique malheureusement… D’où la nécessité de se retourner vers le jeu des puissants pour faire de la politique en JdR. Ou alors il faudrait en faire une murder party avec 15-20 joueurs…
      Sinon effectivement le dKE6 ou 8 peut permettre de limiter la puissance brute des PNJs mais se reposer uniquement dessus serait une erreur amha. Dans un jeu politique, la puissance physique ou magique brute importe relativement peu : au final ce sont les appuis, le réseau de contacts et le nombre de pantins qui feront la différence (d’ailleurs au passage c’est un peu la double dose de Vampire : non seulement les Anciens sont hyper puissants mais en plus ils ont eu des millénaires pour se constituer un réseau et leurs pantins sont partout).

    8. Je souhaite revenir sur la base de la discussion. Je suis d’accord sur ta def du jeux politique : jeux de lutte d’influence base sur des alliences et de trahisons. La principale difficulte pour ce type de jeux est d’avoir les joueurs pour. Le JDR s’est construit sur le mode jeux d’aventure. Et c’est a quoi les joueurs sont habitues. Il est difficile de sortir de la. Je ne pense pas qu’il existe de jdr role purement politique car cela serait un fiasco commercial. Cela intéresse trop peu de joeurs pour etre rentable. Un jdr doit commercialement proposer plusieurs style de jeux dont a moins des possibilités d’actions, d’aventure et d’enquêtes qui sont les 3 styles les plus plébiscités. Vampire comme les autres jeux de la gamme WOW ne demordent pas cette regle économiques. La critique du grobilisme de PNJ dans cette gamme provient de 2 choses. La premiere est que le theme principal de cette gamme est l’horreur dans le genre Gothique Punk(ce qui est trop souvent oublie). Donc, il est normal que l’univers soit oppressant. Ce n’est pas de sense etre un jeux héroïques. C’est comme reproche aux jdr du myht de Cthulu d’integre des Creatures trop forte. La deuxieme chose est la course au pouvoir. Pour vendre et inciter les joueurs, on leur proppse plus de possibilites de pouvoir(discipline ds vampire). Cela permet au joueur de ce dire qu’est que je veux acheter comme pouvoir apres mon 5 en domination et puissance. Ce qui est tentant pour les joueurs l’est aussi pour le conteur. La raison 1 et 2 genere des PnJ forts, d’autant plus si le conteur sent qu’il perd pied face a ces joueurs.
      Donc, en ce sens, vampire et les autres de la gamme ne sont pas des jeux politiques. D’un autre cote, le concept de pt d’historique ramene de la politique dans le jeu. Vampire est le 1er jeux que j’ai connu où on avait une caractéristique mesurant l’influence de son perso (cf. Influence, ressource, etc.). Dans ce sens, vampire et les autres de la game se rapprochent du jeu politique.
      Pour moi, generer un jeu politique, est d’abord un travail du Conteur. C’est a lui de generer un environnement propice a des intrigues politiques en creant des factions, des repartitions des pouvoirs et ressources, des interets/ideaux differents, etc. Bref les ingredients de travail d’un homme de pouvoir. Ensuite, il faut des joueurs ayant la culture, l’envie et la maturite pour ce type de jeu de jeux. Car les joueurs vont devoir eux meme comme n’importe quel homme de pouvoir trouver un intérêt a dvp. A partir de la, ils vont partir a la recherche d’alliers, de ressources, etc. Bref tout ce qui fait les jeux de pouvoir.


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